Protectorat BDSM définition et rôle du protecteur
Comprendre le BDSM

Protectorat BDSM : définition, rôle, dérives et cadre sain

Qu’est-ce que le protectorat dans le BDSM ?

Dans cet article, nous nous attaquons une nouvelle fois à un concept BDSM qui est un peu un flou artistique et qui peut donner lieu à des choses super, comme à des dérives… J’ai nommé : le protectorat.

Vous avez probablement déjà vu sur certains profils la mention “sous protection de …”, ou peut-être que, si vous êtes une personne soumise, vous avez déjà eu des personnes Dominantes qui vous ont proposé d’être sous leur protection.

Peu d’articles ont été écrits sur le sujet, alors on se retrousse les manches, on prend notre clavier, et on est partis pour vous expliquer ce “statut” un peu particulier.

Mais avant toute chose, revenons aux racines du terme.

Selon la définition du dictionnaire Le Robert, protéger signifie : aider (une personne) de manière à la mettre à l’abri d’une attaque, des mauvais traitements, du danger physique ou moral.

Dans le BDSM, c’est tout à fait ce sens que va revêtir le rôle de la personne qui protège, en ajoutant quelques attributions complémentaires, mais toujours dans cet objectif d’aider et de mettre à l’abri.

Quel est le rôle d’un·e protecteur·trice dans le BDSM ?

La personne revêtant le rôle de protecteur dans un cadre BDSM va être là pour accompagner une personne soumise sans collier. Attention, notion importante : il est question ici d’accompagner, et pas d’exercer un quelconque pouvoir !

L’objectif étant de permettre à la personne soumise de se sentir en sécurité tout en étant 100 % autonome.

L’idée n’est pas d’être dans une dynamique de pouvoir, mais plutôt d’avoir un soutien : une personne qui pourra, par exemple, aider à vérifier des partenaires, permettre de se sentir moins seul·e en soirée, notamment lorsque l’on fait ses premiers pas, ou encore éviter d’avoir tous les relous du coin qui se mettent à nous écrire parce qu’ils pensent qu’on est une personne soumise toute neuve, isolée et fragile.

Cette notion de protection peut se faire sur la durée (par exemple jusqu’à ce que la personne soumise trouve une personne Dominante), ou de manière ponctuelle, par exemple lors d’une soirée.

Cela peut également, dans un cadre ponctuel, se faire pour une personne soumise sous collier.

Je vous donne un exemple : une personne soumise souhaite se rendre à une soirée et sa personne Dominante ne peut pas l’accompagner mais est ok pour qu’iel participe. Dans ce cas, la personne Dominante peut demander à une autre personne de protéger sa personne soumise le temps de la soirée.

Quelles sont les fonctions d’un protecteur dans le BDSM ?

En réalité, la personne qui protège, c’est avoir une personne de confiance avec qui on peut parler de tout, sans avoir peur d’être jugé·e, et qui aura toujours un petit conseil à nous donner.

Et comme avec un·e ami·e, on est libre de suivre ou non le conseil.

Ce que nous voulons dire par là, c’est que vous ne devez rien à la personne qui vous protège.

Si on devait lister les “attributions” de la personne qui protège, ce serait :

  • Permettre à la personne protégée de s’intégrer plus rapidement et plus facilement au milieu
  • Être une présence sécurisante (émotionnelle, sociale…)
  • Permettre d’avoir un double avis sur des potentiels partenaires, et donc un meilleur vetting
  • Être une oreille attentive
  • Pouvoir vous protéger face à des comportements malsains et inappropriés
  • Pouvoir vous orienter vers des partenaires de jeu fiables si vous souhaitez tester certaines pratiques
  • Pouvoir répondre à vos questions, mais aussi vous donner des pistes vers d’autres interlocuteurs et d’autres sources
  • Pouvoir vous alerter sur des red flags que vous n’auriez peut-être pas vus

Ce que le protectorat BDSM ne doit pas être

Bon, c’est bien mignon tout ça, mais on est peu loin de ce que certain·e·s peuvent “vendre” sous couvert de protectorat…

On va vous lister ici quelques comportements qui, pour nous, ne sont pas ok dans le cadre du protectorat, et pourquoi.

Mettre en place des rituels et des routines

Parfois, ce n’est pas fait à mal, c’est dans l’idée “d’aider” la personne que l’on protège. Sauf que mettre en place ce genre de choses, c’est créer une dynamique ,une forme de contrôle, de pouvoir, voire d’emprise, et ce n’est vraiment pas l’idée du protectorat.

Jouer ensemble

Encore une fois, ça peut être dans un objectif “bienveillant”, pour faire découvrir, etc.

Sauf que plusieurs choses entrent en jeu ici :

  • Un biais de consentement : est-ce que tu as réellement envie de jouer avec cette personne, ou est-ce que c’est juste pour la remercier de ce qu’iel fait pour toi ?
  • Est-ce que jouer ensemble est vraiment rendre service à la personne protégée ? L’idée est que la personne soit autonome. Si la personne qui protège devient aussi un·e play partner, peut-être que, par confort, la personne protégée n’ira pas voir plus loin.
  • Peut-être qu’une nouvelle forme de pouvoir et de contrôle va se jouer.

Si l’envie de jouer ensemble vient des deux, il vaut peut-être mieux arrêter le protectorat et mettre en place un nouveau cadre relationnel, plus clair et moins confus.

Faire de ses conseils un ordre

“Ne joue pas avec machin”, “ne va pas là”, “ne fais pas ça avec bidule”.

Ça, c’est non.

La personne qui protège conseille.
La personne protégée est libre de ses choix.

Et même s’il y a des erreurs ou des répercussions peu heureuses, vous n’êtes pas là pour l’empêcher de vivre ses propres expériences.

Vivre, c’est aussi se tromper.

Donner des punitions

Ça, clairement, c’est non.

Vous n’êtes pas dans une relation D/s.
Il n’y a pas de règles, pas d’ordres, donc pas de punitions.

Si on devait résumer :

L’idée est d’éviter les interactions liées à une dynamique de pouvoir, afin de laisser la personne soumise explorer cela avec des partenaires adaptés.

Sinon, on bascule vers une forme d’appartenance déguisée, et l’objectif d’autonomie disparaît complètement.

Protectorat BDSM : red flags et green flags

🚩 “Je sais mieux que toi”

→ Le protecteur invalide tes ressentis ou tes choix
→ Il décide ce qui est “bon pour toi”
🟢 Il te laisse décider

→ Il donne un avis… mais ne décide jamais à ta place
→ Il respecte tes choix, même s’ils diffèrent des siens
🚩 Il critique systématiquement les autres

→ “Fais attention à lui/elle”
→ “Ce n’est pas quelqu’un de safe”👉 Sans nuance, sans preuve, sans discussion
🟢 Il nuance ses propos

→ Il ne diabolise pas les autres
→ Il partage un ressenti, pas une vérité👉 “Voilà comment moi je le vois” ≠ “c’est comme ça”
🚩 Il devient un passage obligé

→ Tu hésites à faire quelque chose sans son avis
→ Tu attends sa validation avant de décider
🟢 Il n’est pas indispensable

→ Tu peux agir sans lui
→ Tu ne ressens pas le besoin de le consulter pour tout👉 Sa présence est un plus, pas une nécessité
🚩 Il s’immisce dans tes relations

→ Donne son avis non sollicité
→ Oriente tes choix de partenaires
→ Interfère dans tes dynamiques
🟢 Il reste à sa place

→ Il ne s’immisce pas dans tes relations
→ Il ne donne pas d’avis non sollicité
🚩 Le cadre est flou (ou inexistant)→ Aucun échange clair

→ Aucun consentement explicite
→ Mais une influence bien réelle
🟢 Le cadre est clair→ Vous avez nommé ce qu’est (et n’est pas) le protectorat

→ Les limites sont connues des deux côtés
🚩 Tu te sens redevable

→ “Il/elle m’aide donc je lui dois quelque chose”
→ Difficulté à dire non
🟢 Tu ne te sens pas redevable

→ Il n’y a pas de dette implicite
→ Pas d’attente cachée en retour
🚩 Il y a une forme de jalousie déguisée

→ Malaise quand tu vois d’autres personnes
→ Tentative de te “garder” proche
🟢 Il ne cherche pas à te garder pour lui

→ Il encourage tes rencontres
→ Il respecte tes autres liens
🚩 Tu perds en autonomie

→ Tu doutes plus qu’avant
→ Tu prends moins de décisions seul·e 
→ Tu as peur de sa réaction selon les décisions que tu prends
🟢 Tu gagnes en autonomie

→ Tu te sens plus confiant·e
→ Tu prends plus de décisions seul·e

Protectorat BDSM et autonomie : le point clé

Ce qu’il faut surtout retenir, selon nous, c’est que si la protection te fait perdre en autonomie, si tu dois demander une autorisation ou une validation dès que tu souhaites faire quelque chose, ce n’est clairement pas du protectorat.

Le rôle et les responsabilités de la personne protégée

On vient de passer un moment à parler de la personne qui protège, de ce qui est ok et de ce qui ne l’est pas.

Mais comme pour toute relation, qu’elle soit amicale ou autre, nous restons persuadés que les responsabilités ne reposent pas exclusivement sur la personne qui protège.

La personne protégée a aussi son rôle à jouer, et elle doit le faire en conscience.

Si on devait lister les responsabilités de la personne protégée, pour nous, les points clés seraient :

 Être acteur·rice de ses choix

→ Ne pas déléguer ses décisions
→ Ne pas attendre qu’on décide à sa place

👉 Le protecteur n’est pas là pour prendre le contrôle de ta vie et décider à ta place.

Garder son esprit critique

→ Questionner ce qui est dit
→ Ne pas prendre un avis comme une vérité

👉 Même face à quelqu’un de confiance.

Exprimer ses limites

→ Dire quand quelque chose ne convient pas
→ Poser un cadre clair

👉 Être protégé·e ne veut pas dire se taire.

Ne pas chercher une validation permanente

→ Accepter de faire sans demander
→ Assumer ses choix

👉 Sinon, la relation devient une dépendance.

Multiplier les regards

→ Parler à d’autres personnes
→ Croiser les expériences

👉 Ne jamais faire du protecteur une référence unique.

Rester responsable de ses relations

→ Choisir ses partenaires
→ Assumer ses dynamiques

👉 Le protecteur peut alerter, pas décider.

Refuser la dette implicite

→ Ne rien “devoir” en échange de la protection
→ Ne pas accepter de contrepartie cachée

👉 Être capable de stopper si on sent cette dérive arriver.

Accepter que la relation évolue

→ Pouvoir prendre de la distance
→ Pouvoir arrêter

👉 Sans culpabilité.

Respecter les espaces et les personnes

→ Ne pas se reposer sur le lien pour “passer” partout
→ Adopter une posture respectueuse et consciente

👉 La personne qui vous protège vous introduit quelque part, donc l’idée est d’éviter de lui attirer des ennuis et de vous en attirer également ! 

Pour résumer

Si ce que vous cherchez dans le protectorat est un·e Dom par intérim, clairement, il vaut mieux ne pas chercher de protectorat.

Comment mettre en place un protectorat BDSM sain ?

✔️ 1. Nommer clairement la relation

  • Qu’est-ce que ce protectorat ?
  • Qu’est-ce que ce n’est pas ?

👉 Pas une relation D/s
👉 Pas un.e partenaire de jeu +++
👉 Pas une autorité

✔️ 2. Définir les limites du rôle

Le protecteur :

  • conseille ?
  • alerte ?
  • observe ?

Mais ne :

  • décide pas
  • n’impose pas
  • ne valide pas ta valeur

✔️ 3. Poser le consentement explicite

  • Est-ce que je veux être protégé·e ?
  • Dans quels contextes ?
  • Sur quels sujets ?

👉 Et surtout : réversible à tout moment

✔️ 4. Maintenir l’autonomie

Tu dois pouvoir :

  • faire tes propres choix
  • rencontrer qui tu veux
  • expérimenter
  • te tromper

👉 Sans validation obligatoire

✔️ 5. Multiplier les regards

Un protecteur ≠ une référence unique

  • garder d’autres interlocuteurs
  • croiser les avis
  • ne pas s’enfermer dans une seule vision

✔️ 6. Refuser l’ingérence relationnelle

Le protecteur ne doit pas :

  • intervenir dans tes relations
  • influencer tes choix affectifs
  • “valider” tes partenaires

✔️ 7. Clarifier la responsabilité

Le protecteur peut :

  • alerter
  • informer

Mais :
👉 il n’est pas responsable de tes décisions

✔️ 8. Accepter que ça s’arrête

Un protectorat sain :

  • peut évoluer
  • peut s’arrêter
  • ne crée pas de dépendance

Protectorat BDSM : ce qu’il faut retenir

Le protectorat peut être un moyen de se sécuriser quand on débute, et c’est super.

Pour autant, il ne doit pas venir se substituer à une relation.

On est là pour aider une personne à gagner en autonomie, pas pour l’enfermer ou prendre le contrôle.

On n’est pas là non plus pour faire une espèce de pré-éducation avant que la personne trouve sa personne Dominante.

Et, même si cela peut sembler évident, on ne se met pas sous la protection de la première personne venue.

Il faut avoir un minimum de confiance.


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