Je me rappelle de ces 3000 questions que j’ai eues en tête quand mon premier Dom m’a dit qu’il voulait que je tienne un journal de soumission sans plus de détail. Premier réflexe : direction internet pour chercher ce que c’est. Quelle forme ça prend ? Qu’est-ce qu’on est censé y mettre dedans ? Ça sert à quoi ?
Et là, tristesse, mise à part une vieille appli, qui n’existe plus, permettant d’en créer un en ligne, zéro info, quelques blogs appelés journal de machin ou de machine, mais pas plus. Alors me voilà, prenant mon courage à deux mains et demandant au Dom en question plus de détails sur ce fameux journal.
Bon, force est de constater qu’il n’avait pas une idée très claire de ce qu’il voulait non plus… Et l’idée pour lui était d’avoir, grosso modo, un support dans lequel je relaterai nos rencontres et où je ferai diverses punitions…
Avec le temps, je l’ai, bien entendu, appréhendé différemment, car j’ai eu plusieurs relations et donc différents journaux.
L’idée de l’article du jour est de vous informer de l’utilité de ce bel outil, mais aussi, de vous donner des tips et des idées de comment faire votre journal de soumission et quoi mettre dedans.
Encore une fois, il n’y a pas de méthode universelle, mais, si ça peut aider certain.e.s d’entre vous ! Pour ma part, j’aurais kiffé avoir ce genre de ressource à l’époque !
Journal de soumission BDSM, qu’est-ce que c’est et quelle est son utilité ?
Outre le côté souvenir, le fait d’avoir l’histoire de la relation et le ressenti des séances toutes consignées au même endroit, le journal de soumission est un réel outil de communication dans la relation D/s.
Il est parfois plus simple pour certaines personnes de poser ses ressentis, besoins, interrogations, à l’écrit qu’à l’oral. Il permet également une prise de recul que nous n’avons pas lorsque nous debriefons juste après une séance.
L’idée est ici, de créer une sorte de « carnet de correspondance » entre la personne Dominante et la personne soumise. Ce n’est pas uniquement à l’usage de la personne soumise, même si c’est elle qui le tient, ça permet à la personne Dominante de le consulter et de pouvoir ensuite comprendre certains points bloquants ou non, ouvrir le dialogue et « améliorer » la relation et les pratiques, en connaissant le ressenti réel de la personne soumise. Pour moi, c’est un peu l’outil idéal pour ceux qui ont du mal à se confier/s’exprimer à l’oral.
Il doit être tenu librement, dans le sens où la personne soumise peut y écrire ce qu’elle souhaite sans avoir peur de froisser la personne Dominante. L’idée est d’être totalement transparent quand on décide de s’atteler à ce type d’exercice.
Quelques idées de ce qu’on peut mettre dans un journal de soumission BDSM
Je ne vais pas vous dresser ici une liste exhaustive, car je pense que chaque journal est propre à chacun. Si par la suite, vous souhaitez partager en commentaire des idées qui ne sont pas listées ici, n’hésitez surtout pas, ça peut aider/donner des idées.
L’incontournable :
Pour moi, la base du journal de soumission repose sur le récit/ressenti des séances, qui permet de mettre le doigt sur les évolutions. Mais aussi les problèmes, appréhensions, ressentis liés à des comportements, à des pratiques ou même à la relation.
Pour le style d’écriture, à vous de faire comme bon vous semble : à la manière de récit en racontant la séance et vos ressentis ou alors en mode bullet point avec simplement les ressentis ou les questionnements, il n’y a pas de règles, l’idée est simplement de vous livrer.
Le reste :
Les règles et rituels :
J’aime bien, quand je commence un carnet, y réécrire les règles et rituels qui régissent la relation. Ça me permet d’y avoir accès plus simplement et plus rapidement que dans le contrat.
Le récit des rencontres :
Fortement utile lorsque vous n’êtes pas en 24/7, vous allez boire un verre avec votre Dom, manger au restaurant ou encore voir un film au ciné sans spécialement avoir de séance. Décrivez ici vos ressentis, la soirée, vos attentes, etc. Ça permettra parfois de faire comprendre à votre Dom certaines de vos réactions.
Le « journal intime » :
Au fil des jours, donnez-vous l’autorisation d’écrire tout ce qui vous passe par la tête, lié à votre condition, les joies, les peurs, les désirs, les appréhensions, les fantasmes. Bref, prenez votre plume et laissez votre cœur dicter les mots.
Les punitions / récompenses :
Un petit tableau récap qui vous permettra de tenir à jour les punitions faites ou qui restent et pourquoi vous avez été puni, idem pour les récompenses. Ça permet également de voir votre évolution mois après mois. Ce format peut également correspondre à d’autres choses. Typiquement, pour notre part, nous comptabilisions, fut un temps, le nombre d’orgasmes, mais ça nous est propre.
Un suivi :
Un récap par semaine des choses à faire récurrentes demandées par votre Dom et si ça a été fait ou pas. Ça permettra à votre Dom d’avoir un suivi et à vous d’y penser. ^^
Des listings :
Du matériel que vous aimeriez acquérir, des pratiques que vous aimeriez tester, de vos fantasmes, des choses sur lesquelles vous souhaitez vous améliorer, enfin, encore une fois, un listing de choses qui vous parle et qui pourraient vous être utiles.
Des souvenirs et de la créativité :
Des photos/dessins/mots que vous a écrit votre Dom ou que vous avez créés ! Toutes choses qui pourraient créer des souvenirs positifs !
Les punitions :
Le journal peut également servir à faire certaines punitions. L’un de mes anciens Doms avait pour passion de me donner des lignes à écrire comme punition et il souhaitait que ces dernières soient consignées dans mon journal de soumission.
Les ressentis, suite aux punitions ou à une faute, idem, un de mes anciens Dom souhaitait qu’à chacune de mes fautes, j’explique pourquoi je les avais commises et, après chaque punition, d’y exprimer mes ressentis.
Encore une fois, à vous de prendre ce qui vous intéresse, vous est utile et d’enrichir tout ça selon vos besoins ! C’est un peu comme un bullet journal, à savoir un outil flexible qui vous permettra de tester des choses et parfois de les abandonner ou de les pérenniser. Bref, sentez-vous libre et faites preuve de créativité !
Un journal de soumission papier ou numérique ?
Ici aussi, chacun son choix. Pour ma part, j’ai une préférence pour le journal papier, car j’aime écrire, ça me détend, me canalise, et j’aime garder ces carnets comme une collection et les relire pour voir l’évolution que j’ai eue depuis mes débuts.
En numérique, ça peut être fortement utile si vous ne voyez pas souvent votre Dom ou si vous ne vivez pas avec. Typiquement, vous pouvez créer un fichier partagé via un Google Drive. Ce qui peut être sympa, c’est de l’éditer ensuite chaque année en format papier ; si vous souhaitez un bel objet, vous pouvez aisément faire quelque chose de sympa sur les sites proposant de faire des albums photos en ligne et de l’imprimer, car vous pouvez mêler texte et image ou mettre uniquement le texte.
J’avoue que, jusqu’à il y a peu, j’avais la fâcheuse tendance à écrire d’abord mon texte via mon ordinateur ou mon smartphone, puis le recopier dans mon journal, notamment pour les séances. J’avoue que maintenant, je ne le fais plus, car ça prend énormément de temps. J’écris directement sur mon carnet. Mais une des options pourrait être d’imprimer et de coller les textes dans le carnet pour gagner du temps.
Et si je n’aime pas écrire et que je souhaite quand même envisager cet outil ?
En soi, le format le plus connu et vu reste l’option écrite. Mais en réalité, libre à vous d’innover !
Pourquoi pas, par exemple, envisager un format en mode note vocale, que la personne Dominante pourrait écouter à sa guise. Ou encore, passer par le dessin, autour duquel vous pourriez mener une discussion ensemble. Ou même, pourquoi pas, envisager un format vidéo, un peu dans le style des vlogs.
Une abonnée nous confiait également avoir créé un groupe WhatsApp à cet effet avec son Dominant, lui permettant de mêler textes, photos, notes vocales.
Bref, si vous avez l’envie de documenter votre relation et d’avoir un support de communication pour cette dernière, libre à vous d’inventer un format qui convienne à l’ensemble des protagonistes.
Et la récurrence dans tout ça ?
Encore une fois, à chaque relation son rythme. Certains aimeront tenir un journal quotidien, alors que d’autres préféreront y écrire quand l’envie leur prend.
L’idée est surtout d’en discuter ensemble et de trouver une formule qui correspond à l’ensemble des partenaires !
Pour ma part, je ne verrai aucun intérêt à tenir un journal quotidien, car, clairement, je n’aurai pas grand-chose à dire tous les jours. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que ce journal ne doit pas être là pour devenir une énième contrainte ! Mais plutôt un outil qu’on prend plaisir à utiliser !
Le journal de soumission, un engagement commun.
Même si le journal de soumission est tenu par la personne soumise, il me semble important de souligner que cet outil demande un engagement des deux parties.
Car, au-delà de l’écrire, il est adressé à la personne Dominante, qui se doit de prendre le temps de le lire, mais aussi de rebondir sur les écrits. Cela peut se faire en menant une discussion suite à la lecture, mais on peut aussi imaginer que ce soit par le biais d’une réponse écrite, un peu comme une correspondance.
S’il n’y a pas cet engagement des deux côtés, cela devient vite frustrant pour la personne soumise, car à quoi bon écrire ses ressentis, ses états d’âmes, si l’autre ne prend pas la peine de le lire et potentiellement d’en discuter ?
Donc, si vous faites le choix de le mettre en place, discutez ensemble de l’intérêt que le support a pour chacun et de l’investissement que cela demande. Si vous percevez un désintérêt de l’une des parties, ou qu’après une phase de test, vous voyez que ça ne fonctionne pas, n’hésitez pas à réfléchir à autre chose qui pourrait mieux vous correspondre.
Mon utilisation du journal de soumission dans notre relation.
Wann est le seul de mes Doms à ne pas m’avoir demandé de tenir un journal de soumission.
J’ai proposé l’idée et il a accepté, mais je n’avais aucune obligation d’écrire quoi que ce soit dessus. Nous nous étions entendus sur le fait de parler uniquement des moments marquants et sur un format digital.
2020
En Mars 2020, il y a eu un moment où j’ai ressenti le besoin d’écrire à mon Maître car j’avais des choses à lui dire concernant notre relation, des choses que je voulais revoir. Et pour la première fois, je n’osais pas lui en parler de vive voix de peur de le froisser.
Ça a été un peu comme une révélation, c’était clair, j’avais besoin de cet espace pour écrire, consigner mes ressentis et conserver nos souvenirs. J’ai alors, avec l’autorisation de mon Maître, pris l’engagement de tenir mon journal à minima pour chacune de nos séances et de troquer le digital pour du papier.
Lui-même comprit rapidement la grandeur de cet outil, lui permettant au fil du temps de voir des choses qu’il n’avait peut-être pas perçues sur le moment.
La première version de ce journal papier ressemblait presque à un bullet journal. Il était divisé par mois, avec le récap des punitions, des récompenses et des orgasmes et, bien entendu, le récit de chacune de nos séances. J’y ai, petit à petit, ajouté des ressentis, des réflexions sur notre relation et ma soumission, des listes.
2021
Puis, en avril 2021, changement de cap, nous optons de nouveau pour le format digital via Google Drive, pour plusieurs raisons. La sensation de mon côté de perdre beaucoup de temps entre l’écriture sur le format digital et la recopie dans le cahier. Ainsi que le fait que pas mal de récits soient ensuite utilisés pour le blog. Mon Maître ayant également plus de facilité à la consulter sous ce format.
Quelques récits de-ci de-là, quelques ressentis, et une tenue un peu en dent de scie.
2023
En Janvier 2023, mon burn-out me tombe dessus, et du côté de mon Dom, l’opération pointe le bout de son nez. C’est une période difficile, j’écris peu, ou du moins le peu que j’écris, c’est surtout des peurs et des états d’âme.
Nous jouons peu, donc il y a très peu de récits de séances, et, lorsque nous jouons, je n’écris, de toute façon, pas obligatoirement, car je me sens dans une espèce d’incapacité d’écrire. Alors on discute, le format s’adapte, il n’y a de toute façon aucune obligation et je remets un peu tout ça au second plan. Il y aura très peu d’écrits sur l’année 2023.
Nous avions essayé de mettre en place le fait de faire au moins un texte par mois pour faire un bilan du mois écoulé, mais très honnêtement, je ne l’ai pas toujours fait, car je n’étais pas toujours en mesure de le faire ou parce que parfois, je ne savais pas vraiment quoi écrire. Bref, on a testé, ça n’a pas marché et, comme on le dit souvent, quand ça ne marche pas, il faut passer à autre chose.
Novembre 2023, c’est le retour du format papier, j’ai le besoin de m’échapper des écrans, de retrouver un format plus intimiste, même si ce n’est pas le plus pratique. On est depuis sur quelque chose encore en dent de scie : parfois, je peux écrire 3 jours de suite et parfois je n’écris rien pendant un mois. En même temps, je pense que c’est au support de s’adapter et pas à moi de m’adapter au support.
Où en est-on aujourd’hui ?
Je suis toujours sur le format papier, je n’écris plus mes textes en digital pour ensuite les recopier. Je me contrefiche que mon journal soit beau, qu’il n’ait pas de rature. C’est un support minimaliste qui est là pour recueillir nos souvenirs, nos récits de séances, mes peurs, mes joies, mes questionnements.
C’est un mix entre un journal intime et un journal de bord de notre relation. Et je crois que cette forme qui ne me demande aucun effort me convient en ce moment. Avec nos états de santé qui s’améliorent, je retrouve aussi peu à peu le goût d’écrire et, potentiellement, l’envie d’y ajouter des choses. Bref, comme je le disais dans cet article, le journal de soumission est un support en perpétuelle évolution, simple ou plus travaillé. L’idée est avant tout, pour moi, qu’il soit le gardien de nos beaux instants et qu’il m’aide à faire passer des messages à Mon Maître.
Dernière petite chose, pour fluidifier sa consultation et signifier à mon Maître qu’il y a du nouveau à l’intérieur, j’ai mis en place un système de post-it posé sur la couverture, permettant de lui signifier quand il y a quelque chose à consulter.
Ce que je viens de vous raconter, c’est mon histoire, ma manière de gérer la chose, avec ses hauts et ses bas. Elle m’est propre, peut-être que vous y trouverez un écho, peut-être que cela vous rassurera sur le fait que les choses ne sont pas toujours parfaitement faites.
La vision du Dom sur l’utilité du journal de soumission.
Autant la communication orale est primordiale, autant elle n’est, à mon avis, pas suffisante (dans le sens incomplète). En effet, un événement n’est pas vécu de la même façon d’un point de vue à l’autre. Les souvenirs ne sont pas les mêmes d’une personne à l’autre. Par exemple, sur certains récits de séance, Les_ah se rappelle certains détails que j’ai occultés et il en est de même dans l’autre sens.
Le journal de soumission met en évidence ces petites différences. Il en va de même pour les ressentis, les angoisses ou les attentes.
Par exemple, nous avions scénarisé une soirée, trois Dom se concertant pour organiser une séance pour leur soumise respective. Les idées et attentes de chaque Dom n’étant pas les mêmes et chacun estimant jusqu’où sa soumise pouvait aller. Après de multiples compromis, la soirée se passe (bien, ce qui ne gâche rien). Au débriefing, quelques petites choses à améliorer, mais dans l’ensemble elles ont passé une très bonne soirée. À la lecture du journal, nous sommes trois Dom, surpris de lire leurs ressentis à froid. En fin de compte, deux soumises (qu’on avait essayé de « protéger ») auraient voulu qu’on aille plus loin dans le scénario. Cette information ne nous a été transmise que grâce au journal de soumission, ce qui nous a permis de rectifier le tir.
Ensuite, pour ma part, j’aime lire ce journal. Il ravive les souvenirs, il donne énormément d’indices sur les envies/désirs/fantasmes de Ma soumise, ce qui m’aide à la satisfaire du mieux possible.
[…] support écrit intéressant pour communiquer, c’est le journal de soumission ou même, pourquoi pas, un journal de couple, car pour certains, il est plus facile d’exprimer […]
je vous remercie beaucoup pour cette article, depuis que j’ai débuté ma relation avec mon dom, je ressens ce besoin d’écrire et je veux qu’il puisse lire et comprendre ce qui me passe par la tête. grâce à vos conseils ,je sais mieux comment m’y prendre